Pierre Gattaz : "Les entrepreneurs du Digital sont les explorateurs des temps modernes"

La 1ère Université du numérique du MEDEF s’est ouverte le 10 juin sur le thème « Construisons ensemble l’Université du numérique ». Dans son discours introductif, en présence de Günther Oettinger, commissaire européen en charge du numérique, Pierre Gattaz a rappelé l’importance de la révolution numérique et souligné toutes les opportunités qu’elle représente pour l’Europe et la France.

Discours de Pierre Gattaz

Monsieur le Commissaire Européen,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Je suis très heureux d’ouvrir avec vous cette première Université du Numérique du MEDEF et vous remercie chaleureusement de votre présence à mes côtés aujourd’hui

Cet événement est en effet très important pour le MEDEF, et ce pour deux raisons : 

D’abord parce que  la révolution numérique est l’un des 7 relais de croissance que nous avons identifié depuis deux ans dans le cadre de notre projet « 2020 faire gagner la France » ; 

Ensuite parce que les « nouveaux barbares » comme certains les nomment, c’est-à-dire ces entrepreneurs du Digital qui sont à la fois les explorateurs des temps modernes et de vrais disrupteurs sont à nos portes et qu’il est urgent que nos entreprises et nos gouvernements réagissent en France comme en Europe face à cette nouvelle donne économique. 

Le terme de « Révolution » est en l’espèce tout à fait adapté.

Le terme de « Révolution » est en l’espèce tout à fait adapté

Nous nous trouvons effectivement depuis une vingtaine d’années face à une profonde mutation du monde.

La révolution numérique est en quelque sorte la 4ème grande révolution technologique que nous traversons, après celles de l’imprimerie à la fin du 15ème siècle,  la machine à vapeur à la fin du 18ème siècle, et l’électricité à la fin du 19ème siècle.

Ce sont effectivement des révolutions, en ce sens qu’un surgissement soudain, inattendu, d’innovations techniques a modifié de manière décisive les modes de vie et la répartition de la richesse et du pouvoir, sur une planète qui à chacune des révolutions technologiques est passée brutalement sous l’emprise des pays capables de maîtriser ces nouvelles techniques. 

Et c’est bien là tout l’enjeu, tout le défi, que soulève pour la France et l’Europe la révolution numérique en cours.

Un défi qui constitue à la fois un immense gisement d’opportunités pour ceux qui sauront s’adapter en anticipant et en exploitant les mutations en cours, et un risque réel de décrochage pour ceux qui n’en seront pas capables ou qui ne s’en donneront pas les moyens.

Les Opportunités

Je vois en particulier trois grandes opportunités liées à la révolution numérique qui constituent de véritables relais de croissance pour la France et pour l’Europe

La première, je le dis et le répète dans toutes mes interventions, c’est que le monde est à équiper et le futur à inventer.

Le numérique, c’est avant tout du business !

Car il s’agira bien, durant les quinze prochaines années, d’être capable de répondre aux besoins de 1,8 milliard de nouveaux consommateurs !

Et le numérique est bien au cœur des nouveaux métiers, produits et solutions qui nous permettront de conquérir ces marchés du futur : je veux parler des villes intelligentes, de la silver economy, du tourisme, de la santé connectée, de la transition énergétique,  de la traçabilité alimentaire, de la sécurité, de l’industrie du futur, etc…

Des marchés qui comme vous le découvrirez durant ces deux journées sont à la portée de toutes les entreprises traditionnelles qui ont su intégrer de l’intelligence numérique ou des fonctions communicantes dans leurs produits ou services pour se transformer : comme par exemple  Des étiquettes RFID pour assurer la traçabilité d’un emballage ; du textile luminescent pour soigner la jaunisse du nourrisson ; des canalisations intelligentes pour sécuriser nos sous-sols ; ou encore de la peinture électronique pour éclairer, chauffer et communiquer mieux et moins cher.

La deuxième opportunité est technologique.

Si aujourd’hui plus de 2,5 milliards d’êtres humains sont connectés au Web, demain internet nous reliera également à des dizaines de milliards d’objets, de capteurs, de robots, qui dialogueront entre eux et prendront progressivement en charge des pans entiers de la gestion de notre vie quotidienne. 

Il ne faut donc pas rater les virages technologiques en cours.  En particulier en ce qui concerne la constitution de nouvelles plateformes de services entre individus et objets connectés et entre fournisseurs et consommateurs, sachant que nous bénéficions en France de beaucoup d’acteurs, de la start-up, aux grandes entreprises qui figurent déjà parmi les meilleurs au monde dans beaucoup de domaines technologiques clés.

N’oublions pas que le numérique est une filière d’excellence française reconnue mondialement dans laquelle nos jeunes entrepreneurs, nos techniciens et nos ingénieurs savent  briller.

Lorsque je me suis rendu au Consumer Electronic Show de Las  Vegas, en janvier dernier, j’ai en effet eu la très heureuse surprise de constater que les start-up françaises étaient très bien représentées dans ce salon international, mais qu’en plus, elles gagnaient des prix.

Dans l’espace réservé au Start up, sur les 200 entreprises qui exposaient, 40 étaient françaises, soit  20 % ce qui est un excellent chiffre. Et parmi les 10 prix  qui ont été attribués par l’organisateur du  salon, 4 l’ont été a des sociétés  françaises.

Tout l’enjeu aujourd’hui est donc bien de créer en France et en Europe un terreau fertile qui favorisera l’éclosion de tous ces talents. Mais j’aurai l’occasion d’y revenir dans quelques minutes.

La troisième opportunité est liée à la compétitivité des entreprises et du secteur public en France et en Europe.

Tout d’abord du point de vue de la sphère publique, nous savons tous aujourd’hui que le numérique est un formidable levier pour faire évoluer l’organisation et la qualité globale des services publics tout cela en diminuant drastiquement les dépenses publiques.

C’est pourquoi le numérique doit être au cœur des réformes structurelles que la France doit impérativement accomplir dans les prochains mois que ce soit pour le système de santé, l’éducation, la justice, etc…

Le défi à relever est de "réussir" à faire du numérique un véritable outil de modernisation et de performance pour apporter des réponses rapides et de qualité aux besoins de la des clients-usagers. Le numérique doit permettre de "faire mieux, plus vite avec moins".

Par ailleurs, du point de vue des entreprises, qui évoluent désormais dans une économie mondialisée et hyper concurrentielle, le numérique permet à nos TPE et PME :

1/ de réduire fortement leurs coûts  pour améliorer leurs marges ;

2/  de gagner un temps précieux au quotidien et donc de gagner en productivité et en réactivité ;

3/  de développer leurs ventes et de mieux fidéliser leurs clients, en France et à l’international.

Et donc globalement de vraiment gagner en compétitivité.

 En ce qui concerne l’industrie, l’internet des objets, l’internet des robots et les imprimantes 3D vont entrainer une nouvelle révolution industrielle. 

L’usine de demain sera connectée, bourrée de capteurs de plus en plus intelligents, miniaturisés, communicants et autonomes en énergie.

Des capteurs qui permettront non seulement d’améliorer la maintenance de l’outil de production et des machines fabriquées, mais aussi d’améliorer la production en repérant en temps réel les éventuels défauts de conception. 

Et donc là encore de gagner fortement en compétitivité. 

En revanche pour réaliser ces gains de compétitivité il est indispensable que nos entreprises et industries des secteurs traditionnels maîtrisent davantage les outils numériques, les nouvelles technologies de production  ainsi que les activités clés de traitement de l’information et d’analyse de données, comme elles ont appris à gérer les hommes et les machines pour créer des produits et les mettre sur le marché.

Les entreprises françaises en retard

Car malheureusement, force est de constater que les entreprises françaises ont pris du retard dans l’appropriation et l’utilisation du numérique.

Ainsi, selon une étude publiée par Mc Kinsey en septembre 2014, les entreprises françaises sont aujourd’hui au 22ème rang des pays européens en terme d’utilisation du numérique dans leurs process quotidiens. Je dis bien 22ème rang.

Le dernier baromètre de la compétitivité du cabinet Deloitte indique de son côté que le digital n’est une priorité que pour 8% des entreprises industrielles françaises.

J’invite donc toutes nos entreprises à réagir vigoureusement et à monter rapidement dans le train du numérique. En tous les cas c’est le message que le MEDEF souhaite leur adresser en organisant cette 1ère Université du numérique dont l’un des principaux objectifs est d’éclairer les dirigeants sur les stratégies et les bonnes pratiques à mettre en œuvre dans leur organisation pour réussir leur transformation digitale.

Une initiative qui s’inscrit dans une MOBILISATION plus large du MEDEF en faveur de la transformation numérique de notre économie aujourd’hui portée par Geoffroy Roux de Bézieux, et  Christian Poyau, président de la Commission Numérique du MEDEF et qui se traduit par le déploiement d’un grand nombre d’actions concrètes en appui de nos 80 fédérations professionnelles et de nos 140 MEDEF territoriaux, comme par exemple :
–    L’organisation de Matinales du Numérique thématiques,
–    La Publication de Guides pratiques,
–    La Réalisation avec le CNAM d’un Mooc destiné aux dirigeants de TPE-PME autour de la transformation digitale de leur entreprise qui sera lancé au mois de septembre,
–    La Promotion de nos start-up et de notre industrie du numérique à l’étranger,
–    Le Lancement d’applications MEDEF sur smartphone et tablettes destinées au monde économique et académique  – je vous invite d’ailleurs toutes et tous à vous inscrire sur le site dédié pour être alertés en avant-première du lancement de l’appli MEDEF qui sortira dans quelques semaines !
–    Des Formations aux réseaux sociaux destinées aux dirigeants,
–    Ou encore l’organisation de cette première Université du Numérique

Opportunités et risques
Vous l’aurez compris, le numérique est donc à la fois un marché prodigieux, en très forte expansion dans le monde entier et un facteur de compétitivité et d’innovation important  non seulement pour nos entreprises, mais également pour notre sphère publique.

Mais le numérique représente aussi un risque pour tous ceux qui refuseront d’évoluer et de s’adapter ou qui ne s’en donneront pas les moyens.

Je vois en particulier deux évolutions majeures à prendre en compte pour ne pas décrocher dans la compétition mondiale. 

La première c’est que la révolution numérique est et sera encore pendant quelques années schumpetérienne : 

Elle créera des emplois, mais elle en détruira aussi notamment dans les entreprises qui n’auront pas su faire évoluer leur business model suffisamment tôt. Les exemples de la Redoute, de Kodack, et de biens d’autres grandes entreprises dans les secteurs des médias, du voyage ou de la musique sont à ce titre emblématiques. Les Nouveaux Barbares attaquent, et les entreprises qui ont bâti leur prospérité sur la préservation de la rente ont quelques soucis à se faire.

Comme je l’ai lu récemment dans la Harvard Business Review, « dites-vous que quelque part, une petite troupe de Barbares étudie avec attention votre secteur. Et qu’elle est déjà en train d’inventer – avec un enthousiasme juvénile, une envie et une inventivité difficiles à imaginer – un futur que vous n’aimerez pas forcément… »

Désormais, dans ce monde incertain, il y a au moins une certitude : quels que soient le secteur et l’entreprise qui sont les vôtres, (Banque, Energie, Immobilier, Aérospatial, Transport,…), protégés ou non, ils sont et vont être attaqués, et cela d’autant plus qu’ils présentent des positions de rente économiques attractives.

Ainsi, qu’il s’agisse d’Uber dans les transports, d’AirBnB dans le tourisme, de Lending Club dans la finance ou de Zillow dans l’immobilier, tous court-circuitent les structures classiques et font sortir de nulle part des plateformes reliant directement fournisseurs et consommateurs.

Deuxième évolution : la révolution numérique nous oblige à repenser notre cadre réglementaire, notre droit du travail et notre fiscalité :

D’abord notre cadre réglementaire. La révolution numérique, en suscitant l’émergence de nouveaux métiers, de nouvelles activités et de nouveaux business models dans tous les secteurs, implique de faire évoluer nos réglementations.
1/ Pour mettre en place un cadre qui favorise l’essor de ces nouveaux métiers et de ces nouvelles activités ;

2/ Pour créer les conditions d’une concurrence loyale entre les différents acteurs et éviter les conflits  qu’on a pu observer ces derniers jours par exemple avec les Taxis ;

3/ Pour s’assurer que ces évolutions ne se feront pas au détriment des droits des consommateurs.

Par ailleurs, avec le numérique notre rapport au travail évolue considérablement – l’unité de lieu et de temps disparaît progressivement et la relation entre employeurs et travailleurs se transforme profondément nécessitant une adaptation profonde de notre droit du travail. Les notions classiques de hiérarchie, d’autorité, de lien de subordination voire de salariat se transforment également progressivement. 

Nous rentrons dans l’aire du collaboratif, du participatif, de l’entrepreneuriat ou du partenariat. Il faut substituer un cadre aujourd’hui fondé sur la contrainte, l’obligation et la subordination par un cadre fondé sur la liberté, la flexibilité et l’agilité. Notre droit du travail doit ainsi évoluer vers un droit de la relation professionnelle.

Enfin, notre fiscalité doit elle aussi s’adapter pour favoriser les investissements et la création de valeur dans le numérique.

Outre la nécessaire harmonisation fiscale avec nos voisins européens, cela commence par la sanctuarisation du Crédit Impôt Recherche, un dispositif qui a fait la preuve de son efficacité, et doit se poursuivre par une fiscalité beaucoup plus attractive pour les jeunes talents, pour les entrepreneurs et pour les investisseurs. 

Il faut impérativement et rapidement sortir des dogmes et de l’idéologie en matière de fiscalité et adopter les recettes fiscales qui marchent partout ailleurs, c’est-à-dire une fiscalité simple, prédictible, compétitive et incitative.

Enjeux du numérique pour la France et l’Europe

Investir dans le numérique est donc bien devenu une priorité pour retrouver une croissance durable en France et en Europe et nous devons donc nous mettre en ordre de marche pour construire l’Europe du numérique.

Une ambition à laquelle le MEDEF souhaite contribuer avec force et détermination en participant aux groupes de travail et aux négociations conduites par Business Europe, l’institution qui réunit l’ensemble des patronats européens. 

C’est dans ce cadre que nous souhaitons également mettre en place une collaboration étroite avec le BDI – l’équivalent du MEDEF en Allemagne – car nous sommes convaincus que le couple franco-allemand sera une force motrice indispensable pour bâtir ce marché du numérique en Europe.

Je ne peux donc que me réjouir et être honoré de la présence aujourd’hui parmi nous du Commissaire européen à la société numérique, Gunther Oettinger, qui malgré un agenda que je sais très chargé a accepté de venir s’exprimer au MEDEF, devant les chefs d’entreprise français autour de la stratégie pour un marché unique numérique en Europe que la Commission a récemment communiqué aux autres Institutions Européennes.

Je me réjouis également de la présence demain parmi nous d’Ulrich GRILLO, président du BDI, qui  viendra clôturer cette première Université du numérique aux côtés de Geoffroy Roux de Bézieux.

Conclusion 

Voilà ce que j’avais à vous dire, avant de donner la parole à Monsieur Oettinger, pour ouvrir cette Université et ces deux journées de débats autour du numérique. 

Deux journées qui vous permettront de recueillir les témoignages et les expertises de plus de 100 intervenants de haut niveau à travers 16 conférences, 6 Keynotes et 32 démonstrations de PME et de start-up qui inventent chaque jour le nouveau monde numérique. 

Avec deux objectifs :

1/ vous convaincre de l’urgence de rentrer dans ce nouveau monde

2/ vous donner les clés des stratégies et des modèles de transformation possibles pour votre entreprise ou votre organisation.

Merci de votre écoute et très bonne Université du Numérique à toutes et tous.